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Mes réflexions et questionnements sur le projet Montagne d’Or par Nora Stephenson (2)

Au volant de mon véhicule, comme la dernière fois, j’écoute les propos échangés par les intervenants sur Radio Péyi Guyane le 31 Juillet 2017 à propos de la question de l’or et ma réflexion s’aiguise.

La grande histoire d’amour passionnée de la Guyane avec l’or doit se terminer.

J’en appelle à la population de Guyane car nous devons comprendre que la grande histoire d’amour passionnée de la Guyane avec l’or doit se terminer.

C’est fini les placers, les comptoirs d’or, le colportage, la douane qui contrôlait aux dégrads, les canots venant des sites d’orpaillage, les négociants, le paiement direct avec l’or.

C’est fini, la filière de la bijouterie artisanale qui a eu son grand succès avec nos artisans et créateurs guyanais qui ont élevé cet art, au rang de patrimoine traditionnel.Les rares bijouteries qui existent encore reçoivent l’or à 18 carats qui vient de France ainsi que des bijoux faits de façon industrielle. Ce même or qui part de chez nous à 22 carats, voire 24 et qui nous revient sous cette forme.

C’est fini les villages, les communes qui ont vu le jour grâce à cette activité. Que sont-ils devenus aujourd’hui ? Saint-Elie, Saül, Régina ; et bien d’autres qui ont disparus.

C’est bien fini le temps où les belles Guyanaises (sans oublier les messieurs) paradaient fières de porter leurs beaux bijoux en or. Ceux reçus par héritage ou liens d’affection; ceux achetés à la sueur de leur front car elles se rêvaient qu’en or à cette époque-là. Elles possédaient des boîtes de bijoux incroyables qui trônaient sur leurs coiffeuses.

C’était la coutume quand on recevait son premier salaire d’acheter un bijou en or - souvenir impérissable - gage de son indépendance fraîchement acquise, donc de sa majorité réelle.

Tous les évènements importants de la vie personnelle étaient rythmés par un bijou en or que l’on recevait ou achetait : un baptême, une communion, un mariage et même un départ en France pour y suivre des études.

Que reste-t-il de tout cela ? Des frustrations, des regrets !

Les boîtes à bijoux n’ont plus cours, volées pour la plupart depuis belle lurette ou entreposées dans des coffres à la banque.

Vive les bijoux de pacotille, les bijoux fantaisies comme c’est la mode, par obligation, plus que réelle motivation. Je n’enlève rien à leur joliesse, à leur beauté d’objets réalisés, créés mais ils n’ont pas ce caractère d’éternité qui caractérise le bijou en or.

D’ailleurs, nous sommes loin, très loin du romantisme du temps des placers et des chercheurs d’or à la battée. C’est fini !

Aujourd’hui, il faut savoir que le désir frénétique d’installer des méga-mines industrielles pour l’extraction de l’or en Guyane et ailleurs, au mépris des lois et des avis éclairés, fait partie du vaste plan de l’élite mondiale qui veut contrôler la planète et l’ensemble des ressources du sol et du sous-sol et plus particulièrement l’or qui leur permet d’asseoir leur domination financière.

Merci l’Afrique et la Guyane !

La France possède dans ses coffres la 3ème réserve mondiale d’or derrière les Etats-Unis et l’Allemagne avec 2500 tonnes stockées à la Banque de France. Merci l’Afrique et la Guyane !

L’or est la seule valeur sûre. Une valeur refuge par excellence, car tout le système financier international, basé de plus en plus sur la monnaie virtuelle, ne va pas tarder à s’écrouler. Gare à vos épargnes ! Elles vont aussi disparaître dans les poches des banquiers. Crises financières, hold-up sur les comptes des particuliers, voici le scénario.

On assiste donc, partout dans le monde au pillage systématique de cette ressource unique en son genre.

Notre histoire d’amour avec l’or, telle que nous l’avons connue est en fait une nostalgie qui peut brouiller notre réflexion, notre lucidité.

Les groupes transnationaux miniers sont des entités cyniques qui ne voient dans l’or qu’une source de richesse inestimable, un instrument de domination et de contrôle de peuples.

Je rappelle aux Guyanais « que l’exploitation de ressources non renouvelables est par définition une activité de court terme et ne peut être un acteur de développement durable, ce qui est notre objectif ».

Cayenne, le 2 août 2017.
Nora Stephenson, porte parole du collectif Or de Question

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Mes réflexions et questionnements sur le projet Montagne d’Or par Nora Stephenson (1)

J’écoute l’émission de Radio Peyi du 28 juillet vers 19h, une intervenante parle de voix positives et de voix négatives dans le débat autour du projet Montagne d’Or.

Il n’y a pas de voix négatives, pas plus que de voix positives d’ailleurs. Il y a des voix qui s’expriment, qui communiquent, débattent, échangent, partagent des informations, des idées, des convictions etc.…

Alors, je vais partager avec vous, les réflexions, questionnements, informations par rapport au projet Montagne d’Or qui fait couler actuellement tant de paroles et d’encre en Guyane et dans le monde.

Un projet tel que celui-ci doit faire l’objet d’un débat public avant l’enquête publique selon la loi française. Qu’en est-il à ce sujet ? Une centaine de personnes dans une salle à Saint-Laurent du Maroni, jeudi 27 Juillet.

Est-ce cela que l’on entend par débat public ?

Un projet tel que celui-là doit être examiné sous tous ses aspects : économique certes (puisque c’est cet aspect qui est toujours mis en avant) mais aussi sanitaire, environnemental, social, juridique et j’en passe.

Ce projet n’aura pas seulement d’incidences pour Saint-Laurent du Maroni mais pour toutes les communes environnantes, pour la Guyane entière. Le réseau hydraulique est déjà pollué par le mercure qui tue les populations autochtones et d’autres ; des enfants naissent mal formés sur le Haut Maroni dans l’indifférence générale. Mais qu’en sera-t-il de l’emploi de tonnes de cyanure pendant des années ?

La mine propre n’existe pas !

Une mine a toujours un impact sur les populations, l’environnement, le territoire. Être responsable, c’est une qualité liée à la personne humaine, alors qu’est-ce qu’une mine responsable ?

L’Aude qui est une région minière française d’où l’on a tiré 120 tonnes d’or à Salsigne est pourtant à l’heure actuelle l’une des régions les plus pauvres de France. Bizarre, très bizarre !

Ce qu’on appelle le passif minier français a déjà coûté 46 milliards d’euros depuis 1971 et devra être assumé pendant des centaines d’années, voire des milliers d’années. Qu’en sera-t-il pour la Guyane ?

Une moyenne d’1 milliard par an ponctionné sur les finances publiques à mettre en balance avec les rentrées fiscales attendues de 23 millions d’Euros seulement par an pour le « super » Projet Montagne d’Or. Faîtes le calcul.

Combien coûtera la dépollution des sols, des eaux, des écosystèmes, des hommes après la contamination par le cyanure?

La revégétalisation me semble appartenir au domaine des bonnes intentions, en fait irréalisable. Peut-on sérieusement penser qu’on peut reconstituer en quelques mois, voire quelques années ce que la nature a mis des siècles à créer ?

Des sommes importantes destinées à servir l’intérêt général sont mises au service de l’intérêt privé

C’est la Collectivité Territoriale de Guyane qui doit mettre en place le réseau électrique afin de fournir la mine en électricité, 25 puis 20 MW, c’est-à dire 1/5 ème de la consommation globale de Guyane. Coût 70 millions d’euros. 30 millions à la charge de la CTG. Ainsi des sommes importantes destinées à servir l’intérêt général sont mise au service de l’intérêt privé. Or, la Guyane manque d’écoles, d’hôpitaux, des communes sont enclavées, des villages n’ont ni eau potable, ni électricité d’ailleurs.

Ce à quoi il faut ajouter la réalisation de 120 kilomètres de route en pleine forêt, toujours à la charge des contribuables que nous sommes. Nous aurons paradoxalement dépensé les retombées financières, voire plus, avant même qu’elles n’arrivent dans «les caisses»

Qui l’empruntera cette route après 12 ans ? Les orpailleurs illégaux ? Les singes ? Pourquoi pas !

Entre la concession « Montagne d’Or », le Projet Montagne d’Or et la Compagnie Montagne d’Or, une poule ne retrouverait pas ses œufs. Au PIF !

La méga industrie minière est une aberration en soi, notamment au moment où il est question en Guyane (en France et dans le monde) de développement durable et de nécessaire protection de l’environnement.

La mise en place d’une telle activité chez nous est la porte ouverte aux autres dossiers de ce type déjà dans les cartons de la CTG.

Voulons-nous vraiment voire notre Guyane défigurée, intoxiquée, contaminée pour des milliers d’années ? Que restera-t-il aux générations futures ? Mort et désolation ?

Il y a d’autres moyens de créer des emplois, ne serait-ce qu’avec notre riche biodiversité qui peut nous rapporter le développement tant souhaité sans cette mutilation, cette mort annoncée. Il suffit de le vouloir.

Une multinationale est une entreprise privée qui n’enrichie que ses actionnaires.

Alors, ayons le courage politique pour dire NON à la méga mine industrielle en Guyane, à l’instar du Salvador qui vient d’interdire l’industrie minière extractive de métaux sur son sol le 29 mars.

Juillet 2017.
Nora Stephenson, porte parole du collectif Or de Question